Laponia. « Wilderness »

Après notre randonnée effectuée en Corse l’an dernier accompagné de Raphaël et Sébastien, j’entrouvrais les possibilités d’un autre voyage, aux accents bien différents du cadre azuréen. J’ai toujours été attiré par le Nord, il y a quelque chose dans ces régions de sauvage, d’inaccessible et pourtant doté d’une beauté profonde.
Lorsque je me suis mis a éplucher les cartes de Suède, Norvège et Finlande, je me suis demandé si il n’existait pas une randonnée accessible a effectuer en été où la température pouvait être assez clémente et la nature pas très hostile. En consultant pas mal de sites et de blogs sur le net, mes résultats m’ont amené à une certaine randonnée appelée « Kungsleden » (Voie Royale en Suédois).
J’ai ainsi commencé à consulter le parcours, les avis des gens qui l’avaient effectuée et j’ai tout de suite été séduit par ce trek au delà du cercle polaire. Raphaël était également très motivé et c’est ainsi que nous repartions à l’aventure une nouvelle fois de plus, cette fois-ci dans les contrées nordiques.
Le Kungsleden est donc un sentier de grande randonnée qui s’étale sur 450km, du Nord de la Suède en partant d’Abisko, jusqu’à la ville de Hemavan. Cependant nous avions prévu de partir une dizaine de jours sur le tronçon Nord, afin de rallier Abisko à Kvikkjokk, sur une distance qui couvre grosso modo 190km.
Très prisée par les Suédois et les randonneurs scandinaves, un peu moins connue par les autres pays européens, cette randonnée est très accessible, les steppes nordiques qui la dessinent en font un sentier relativement plat avec un dénivelé très faible. Pour vous dire, le point culminant de la Suède s’élève a 2209 mètres !
Du coup j’ai commencé à poser un bon nombre de questions sur quelques blogs, notamment sur deux sujets que j’appréhendais le plus qui était le climat et la faune en Laponie.
Pour le climat, j’y reviendrais plus tard comme vous pourrez le voir dans les notes, mais globalement pendant le mois de juillet – aout les températures peuvent osciller entre +20 degrés la journée lorsque c’est ensoleillé, et descendre dans du -2 voire un peu plus la nuit. Il ne faut pas négliger une bonne polaire ainsi qu’un bon duvet.
En ce qui concerne les animaux, il faut avouer que nous avions eu quelques craintes lorsque nous avons commencé à regarder quels mammifères à la démarche plantigrade nous serions peut être amenés à rencontrer. On nous a tout de suite rassuré quant à la présence de l’ours brun ou du glouton qui ne sont pas présents dans le parc, ou du moins sur le sentier de la randonnée. Il faut s’aventurer plus loin dans le Sarek pour peut être faire leur connaissance. En revanche les rennes foisonnent dans cette région. Il ne faut pas non plus négliger la présence des moustiques qui peut vite s’avérer insupportable. Soit disant, ils ne piquent pas lorsque l’on marche, mais à la moindre pause, que ce soit pour se reposer, manger, ou encore installer notre tente, ils arrivent alors massivement pour s’organiser un festin. Ils sont également accompagnés d’autres petits insectes, les « bugs » dont j’ignorais jusqu’alors leur existence, qui peuvent aussi piquer ou mordre et provoquer d’autres démangeaisons désagréables. La prolifération de ces derniers est d’autant plus grande que lorsque vous vous installez près d’un cours d’eau ou d’un lac.
On m’avait vivement conseillé avant de partir le port d’une moustiquaire de tête (« headnet ») qui s’est avéré utile, au moins le temps d’installer la tente ça évite de se prendre les insectes dans les yeux ou les narines !

La Laponie est un territoire tellement magnifique et sauvage, et en même temps on comprend pourquoi l’homme a du mal à s’implanter ici, la nature garde ses droits dans ces terres. Il y a de ces paysages que l’on n’oublie pas, cette aventure aux instants magiques que nous avons vécu et si je pouvais garder un seul mot de cette histoire, alors je choisirais sans hésiter : « immensité »

1/ Rendez-vous en terre inconnue.

Il y a plus de 1000 kilomètres qui séparent Stockholm d’Abisko. Le moyen le plus accessible pour nous de se rendre dans le grand Nord était d’emprunter une des lignes ferroviaires scandinaves. Les trains qui la composent s’apparentent à des vieux wagons de fret, correctement aménagés et dotés de cabines avec couchettes. Nous sommes donc montés à bord avec un bon nombre de voyageurs, équipés de sacs de randonnée tout comme nous. La cabine que nous occupions comportait six places que nous avons partagé avec deux américains et deux danois. Après avoir brièvement discuté sur les motifs de notre venue et nos différents projets de trek, nous avons rapidement rejoins nos modestes couchettes, gagnés par la fatigue.
Bercés par le claquement métallique des rouages du wagon contre les rails, nous avons passé une nuit plus que correcte, malgré les arrêts fréquents en gare le long du trajet.
A l’aube, quelle fut notre surprise en voyant les paysages qui s’offraient à nous. Nous étions entourés d’une multitude de forêts et de lacs, tous plus immenses les uns que les autres. Au loin se dessinaient les chaines de montagnes que constituent les Alpes Scandinaves. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés du jour au lendemain projetés dans le parc National du Sarek. Au bout de 19h et quelques de train, ce dernier s’immobilisa et une voix à l’interphone nous faisait comprendre que nous étions finalement arrivés à la station touristique d’Abisko. Après avoir mis pied à terre sur le quai et respiré pour la première fois une bonne bouffée d’air frais Laponien, nous entamions ainsi notre premier jour de marche sur le Kungsleden.

2/ 1ère étape : Abisko – Abiskojaure : 15km.

Une fois descendus à quai et vivifiés par l’air du Nord, nous avons commencé à fouler nos premiers kilomètres aux alentours de 15h30. L’immersion dans la randonnée se fit en douceur. Nous nous sommes enfoncés dans une large forêt de mélèzes et de pin peuplée de champignons. N’étant pas spécialiste de mycologie, je ne me suis pas aventuré à en cueillir, mais je suis sur que certains auraient pu s’accommoder parfaitement avec une portion de pâtes.
Au bout de plusieurs kilomètres les arbres se faisaient plus rare, et le sentier nous laissait apercevoir les premières montagnes se dessiner au loin ainsi que quelques rivières près de nous, larges bras d’eau difficilement franchissables à gué. Finalement, nous avons débouché sur le premier grand lac, sans nous douter que nous allions en croiser une pléthore comme celui-ci. Le refuge était situé à son extrémité. Nous nous y sommes arrêtés quelques instants afin de nous ravitailler en nourriture ainsi que pour acheter la carte STF, qui, pour la somme d’environ 30€ permettait d’économiser de l’argent sur les bivouacs au sein de l’ensemble des refuges de la randonnée.
Malmenés par les moustiques qui pullulaient le long du lac, nous avons décidé d’établir notre campement un peu plus loin à environ une demi-heure de marche. C’est ainsi que nous avons pu faire un petit feu de camp et cuire nos pâtes vers 23h. La nuit s’annonçait bonne malgré les nombreuses rafales de vent qui agitaient nos toiles de tente.

3/ 2ème étape : Abiskojaure – Alesjaure : 21km.

C’est souvent comme ca en randonnée, les premiers jours tu dors mal, pour plusieurs raisons : l’inconfort et l’étroitesse de la tente, les bruits ambiants, les conditions climatiques, l’excitation et l’appréhension des étapes. Cette première nuit n’a pas dérogé à la règle, et pour la première fois je pus tester la robustesse de ma tente. Les rafales de vent s’intensifièrent le long de la nuit, accompagnées par de fortes pluies. Je fuis réveillé vers 2h30 non pas par le bruit, mais plutôt par une sensation, celle d’être mouillé le long des orteils. En tâtonnant ces derniers, je pus m’apercevoir que mon duvet était trempé, et qu’au fond de ma tente s’était formé une petite mare. Je me rendis compte alors que mon sac que j’avais posé sur le flanc de ma tente avait permis à l’eau de s’infiltrer en dessous du double toit que j’avais mal fixé. Je sortis donc en apercevant au passage qu’il faisait déjà jour afin de retendre le double toit de chaque côté. En regagnant ma tente, j’ai pu dormir une ou deux heures de plus avant que nous nous lancions dans notre deuxième jour de marche vers 7h.
La voie qui nous menait jusqu’à Alesjaure était une des plus belles que j’ai gardé à l’esprit. Nous avons commencé à marcher sous la pluie, mais quelques accalmies nous permettaient d’admirer les paysages autour de nous. Nous voyions alors de nombreux lacs qui nous entouraient, sur lesquels se dressaient au loin des montagnes dont leurs sommets se noyaient dans d’épaisses vapeurs brumeuses. Au bout de plusieurs heures de marche, nous avons atteint une énième pièce d’eau d’une envergure une nouvelle fois de plus disproportionnée qui figurait d’ailleurs sur notre carte. Le beau temps se fit de plus en plus présent et nous avons pu admirer toutes les palettes bleutées dont disposaient ce lac. Nous savions qu’au bout de celui-ci se trouvait le refuge d’Alesjaure. Après une pause et quelques kilomètres supplémentaires, nous sommes arrivés vers 14h30.
C’est ainsi qu’après avoir planté ma tente au bord d’un lac en compagnie d’une cohorte de moustiques, j’ai pu tester pour la première fois le sauna suédois. Le rituel se déroulait ainsi : il fallait d’abord se rincer dans la rivière glacée, puis ensuite se diriger vers une petite cabane en bois, située à une dizaine de mètres de cette dernière pour profiter du sauna. Il était également possible de se rincer avec de grands bacs d ’eau tiède constitués par l’eau chauffée du sauna et de celle nettement plus fraiche de la rivière.

4/ 3eme étape : Alesjaure – en direction de Singi : 34km

Avec la nuit dernière qui avait été très mouvementée, je ne mis pas longtemps à m’écrouler sous le sommeil. J’ai passé une nuit plutôt bonne, avec un réveil matinal aux alentours de 7h. En sortant de la tente, je pus admirer le reflet intact de la montagne qui se dessinait sur le lac à proximité de notre campement. En relevant les yeux, je contempla longuement cette dernière, immuable, silencieuse. A cet instant je souris en me disant que ces paysages que nous offrent la nature sont tellement magiques qu’ils nous rappellent à tout instant comment nous nous sentons infimes par rapport à elle et respectueux à son égard. Nous nous mîmes à replier notre tente, avalèrent en hâte un frugal petit déjeuner et décollâmes pour ce troisième jour de marche.
Durant cette étape, nous avons croisé un bon nombre de randonneurs dans la matinée qui partaient également du refuge d’Alesjaure. Après quelques heures, nous avons pris nos distances et légèrement accéléré notre rythme de marche. Vers 13h, après avoir franchi quelques ponts de singe et traversé une rivière à gué, nous sommes arrivés au refuge de
Tjäktja. C’était un petit refuge, situé à pic contre une paroi rocheuse. Nous nous sommes arrêtés devant pour préparer notre déjeuner qui était constitué une nouvelle fois de plus d’un plat lyophilisé accompagné de quelques barres de céréales et d’un thé chaud. Après avoir repris nos forces, nous sommes repartis en direction du prochain refuge :  Sälka.
Quelques dizaines de minutes de marche s’éatient écoulées et nous vîmes une silhouette au loin qui courait dans notre direction. Après s’être rapprochée, nous avons pu identifier une joggeuse suédoise accompagnée d’un husky qui ne tarda pas à nous dépasser en nous saluant brièvement du « hé » local.
Abasourdis, nous nous demandions comment une personne pouvait effectuer son jogging dans ces conditions, d’autant plus que le relief laissait place à un désert de roches difficilement praticables. Au vu de l’habileté qu’elle disposait à franchir ces roches, nous nous sommes dit qu’elle devait être la gérante du refuge de Tjäktja et que ce chemin lui était certainement familier.
En continuant notre avancée vers Sälka, nous avons découvert en cours de route quelques amas de neige éternelle disposés de part et d’autres du chemin. Nous nous sommes étonnés qu’il pouvait encore subsister de la neige malgré la faible altitude à laquelle nous nous situions et la température avoisinant les 20°. Apres une courte montée et près de 5h de marche plus tard, nous étions arrivés sur un plateau sur lequel le beau temps nous laissait admirer toutes les facettes des montagnes qui nous entouraient. Le soleil laissait ainsi libre cours à ses rayons de s’infiltrer dans toutes les cavités rocheuses que nous pouvions distinguer nous agrémentant d’une vue presque onirique.
Contemplatifs, nous sommes repartis quelques minutes après, et en redescendant ce que nous avions gravi précédemment nous avons jeté un coup d’oeil sur l’horizon qui se dressait devant nous. Nous pouvions voir un chemin sinueux qui se tortillait entre les rivières et les plateaux devant nous jusqu’à s’éclipser au loin entre deux cols. Cela nous a fit sourire car il n’y avait encore nulle trace du prochain refuge et nous nous sommes dit qu’il fallait encore faire cette longue traversée avant d’espérer apercevoir un toit de cabane ou deux.
Deux heures et demie de marche plus tard, nous sommes arrivés sous une pluie battante à Sälka. Gagnés par la fatigue, nous avons fait une petite pause dans la cabane en bois qui servait d’accueil et de ravitaillement. J’en ai profité pour avaler un café et acheter à nouveau quelques denrées supplémentaire à savoir une boite de macédoine en conserve et un paquet de gâteaux.
Avec Raphaël, nous nous sommes concertés sur la suite du trajet, et nous sommes communément tombés d’accord sur le fait qu’on n’allait pas planter nos tentes ici sous ce déluge. En regardant une vieille carte placardée sur le mur à l’entrée du gite, nous avons vu que le refuge de Singi était situé à environ 13km de là ou nous nous situions.
Après s’être revêtu d’une couche supplémentaire et d’un imper, je dois avouer que le moral était un peu en berne avec cette fin d’étape gâtée par le temps, mais nous sommes cependant repartis de Sälka vers 19h pour un endroit plus sec ou passer la nuit.
Cela faisait environ plus de 8h que l’on marchait et l’on dépassait bientôt les 30km à notre compteur, nous commencions à ressentir quelques douleurs musculaires et la fatigue s’installait un peu plus profondément en nous mais notre mental se mit à remonter puisque la pluie cessait petit à petit. Nous avons même aperçu pour la première
fois des rennes crapahutant sur les collines à quelques dizaines de mètres de nous. Finalement marcher le soir était une bonne chose, les animaux étaient de sortie puis on ressentait une certaine sérénité dans cette nature. Quelques éclaircies nous laissaient même admirer les couleurs orangées du soleil qui miroitaient sur les flancs de montagnes tout autour de nous. Quel paysage ! Encore une heure de marche et nous avons établi notre campement pas loin d’une large rivière armés de notre frontale vers 21h30. La température descendait doucement mais surement, avoisinant les 10° et nous nous réchauffions tant bien que mal en avalant notre maigre ration de pâtes et de macédoine. Quelques rennes venaient même se joindre en notre compagnie en trottinant près de nos tentes. Surement que l’odeur du met ne les rendait pas si farouches que ça après tout !
La nuit fut plutôt difficile, il y eu du vent accompagné de quelques trottements de pattes de rennes qui venaient surement voir si on leur avait laissé quelque chose à becqueter et pour la première fois et malheureusement pas la dernière un froid assez sec qui m’obligea à sortir plusieurs couches supplémentaires tout le long de la nuit.

5/ 4ème étape : Aux alentours de Singi – vers Vakkotavare ( 35km)

Une nouvelle fois, l’alarme de mon portable fixée à 6h30 m’extirpa d’un sommeil profond mais bien trop court. En effet, le double toit de ma tente à claqué toute la nuit en allant de concert avec les bourrasques incessantes, ce qui rendit l’endormissement difficile.
Le soleil était déjà assez haut lorsque je me hissais hors de ma tente, le corps encore engourdi par le froid. Néanmoins, malgré la belle journée qui s’annonçait cette dernière débuta par quelques galères. La tente de Raphaël avait mal supporté la nuit, le froid et le vent ont eu raison d’un arceau qui s’était fendu de quelques plusieurs centimètres dans le sens de la longueur. Heureusement nous disposions de quelques attèles de rechange que nous avions emporté avec nous au cas où un événement de la sorte survenait. Cependant en voulant raccommoder le mat de tente, il s’entailla le doigt avec son Opinel, ce qui rendit ce début de matinée plus que difficile. En temps normal, une blessure de ce type n’aurait pas causé trop de souci, mais perdu dans les steppes de Laponie, c’est une autre histoire. Tant bien que mal nous avons réussi à confectionner un pansement de fortune à base de papier toilette et de Cicatril et nous sous sommes rapidement mis en marche vers le refuge de Singi. Une fois arrivés, nous nous sommes posés dans l’abri qui servait de salle à manger pour que Raphaël puisse faire un pansement de meilleure augure et nous en avons profité pour se faire un petit déjeuner au chaud.
Nous sommes ensuite repartis de Singi vers 9h30 pour nous diriger vers Kaitumjaure qui se trouvait 13km plus loin. Sur le chemin légèrement plus loin se trouve un croisement avec deux chemins divergents. Celui que nous délaissons est une bifurcation qui chemine jusqu’à Nikkaluokta en passant par le Kebnekaise, le fameux point culminant de la Suède. C’est un tronçon de randonnée qui fait 130km en partant également d’Abisko prisée par beaucoup de randonneurs. En continuant notre route, nous apercevons au loin sur notre gauche le Kebnekaise et son sommet évaporé dans un brouillard intense. Malgré le début de matinée difficile nous marchons beaucoup ce jour là, nous octroyant quelques pauses aux cotés d’un soleil radieux. Les paysages sont toujours somptueux, le beau temps nous laissant admirer toute l’immensité du décor qui s’étale devant nous. Nous croisons quelques randonneurs, certains même accompagnés d’un chien disposant de leur propre sac de bât ! Nous arrivons au refuge de Kaitumjaure vers 14h. J’ai tout de suite eu un coup de coeur pour ce dernier de par son lieu. Il était placé dans une prairie quiète non loin d’un lac et superbement aménagé. Nous avons fait chauffer notre déjeuner dans la salle à manger et nous sommes restés quelque temps à nous reposer. Deux autres marcheurs suédois étaient à notre table en train de préparer une poêlée de champignons. Après leur avoir demandé de quelle espèces il s’agissait, nous nous sommes rapidement rendus compte que la barrière de la langue rendait la réponse assez difficile, peut être s’agissait t’ils de quelques espèces de bolets et de lactaires que l’on trouve communément dans cette région.
Vers 15h30 nous avons quitté cet endroit édénique afin de nous rendre vers le refuge de Teusajaure. Il se situait normalement à une dizaine de kilomètres de là ou nous étions. Le temps s’était quelque peu couvert et nous avons du sortir quelques couches de vêtements supplémentaires. Le sentier ne s’avérait pas si facile que ça, nous avons du entreprendre une petite ascension de quelques centaines de mètres au travers des plaines afin de nous hisser sur un plateau d’ou nous pouvions contempler une superbe vue. Le vent commença à se lever et quelques fortes bourrasques nous firent accélérer notre rythme de marche. Nous avons continué sur un sentier plat toujours en altitude, et autour de nous se dressèrent quelques lacs. Il était alors 18h et comme à notre habitude à cette heure ci, nous commencions a voir quelques troupeaux de rennes apparaitre de part et d’autre du chemin. Nous avons ensuite entamé une abrupte descente qui nous a conduit tout droit jusqu’a Teusajaure et son magnifique lac qui le bordait de part en part.
Nous avions prévu au début de rester camper près du refuge mais nous étions appréhensifs avec l’étape du lendemain. En effet, nous devions prendre obligatoirement prendre une navette à Vakkotavare pour poursuivre notre randonnée, et la dernière passait vers 12h. Pour être sur de ne pas le manquer, nous avons décidé de continuer un peu plus notre avancée.
Pour la somme de 100 Sek (soit environ 10€) le gérant du refuge nous a conduit sur la berge d’en face avec son bateau à moteur. Le trajet fut assez court car le lac « ne faisait » qu’un km de large mais n’en restait pas moins grisant. Après avoir mis pied à terre nous nous sommes remis à marcher malgré la fatigue qui commençait à s’installer en nous. Il était 20h30 et la luminosité commençait à s’amenuir. Nous étions encore assez haut en altitude et petit à petit la chaleur procurée par les derniers rayons de soleil laissait place à un froid sec qui venait nous tenir compagnie.
Vers 21h30, après avoir effectué un tracé longiligne de plusieurs kilomètres à travers les montagnes et observé quelques troupeaux de rennes venant paitre de part et d’autre, nous étions totalement en manque d’eau ! Le gérant du refuge de Teusajaure nous avait prévenu en nous disant qu’il fallait marcher 5-6km supplémentaires après avoir franchi le lac afin de trouver une rivière. Heureusement le chemin bifurquait enfin sur la droite pour nous amener vers la source tant espérée. Nous en avons profité pour établir notre campement quelques dizaine de mètres plus loin.
Nous avons donc monté rapidement nos tentes munis de nos lampes frontales et préparé chacun un plat lyophilisé afin de nous réchauffer. En effet, les montagnes enneigées que nous pouvions observer en face de nous nous confirmait la baisse considérable de température a laquelle nous assistions. Cela restait à mes yeux un spectacle formidable. Voir deux tentes perdues dans cette immensité quiète provoquait un sentiment de bien être fou voire ataraxique. Ces courts instants de bonheur sont des moments que je vis présentement et que je souhaite aussi ramener et partager pour les proches autour de moi. J’immortalise du mieux que je peux de plusieurs clichés ces minutes de joie avant de regagner ma tente gagné par la fatigue. Cette nuit nous le savions allait être une des plus fraiches de toute la randonnée. La température tomba dans le négatif et malgré toutes les couches que je pus me mettre à disposition, je ressentais quand même le froid. Je dus remercier mon duvet de bonne qualité et sa forme sarcophage dans lequel je pus m’y calfeutrer pour ne laisser que la partie inférieure du visage dépasser.

6/ 5ème étape : Aux alentours de Vakkotavare – Saltoluokta ( 10km)

Une nouvelle fois la nuit fut plutôt courte. Mon organisme a passé la plus grande partie à essayer de se réchauffer au détriment du sommeil que j’aurais souhaité. Au lever vers 6h30 le soleil pointait déjà haut dans le ciel que l’on aurait cru qu’il était midi mais il faisait encore très froid et nous avions du mal à nous réchauffer. Nous sommes repartis assez vite en espérant que notre cadence de marche puisse réguler rapidement notre température interne puis après une demi heure, nous nous sommes arrêtés afin de prendre un petit déjeuner qui se résumait à quelques barres céréales et un café. Les paysages qui s’étalaient tout autour de nous étaient bien différents de ceux que nous avions l’habitude d’observer jusqu’alors. Les plaines étaient constellées de rochers de part et d’autre, comme si elles avaient subi une pluie de météorites. Ces rochers de tailles différentes maladroitement disposés nous évoquaient un décor aride et lunaire.
Finalement, nous sommes arrivés à Vakkotavare à 9h40, et nous avons eu de la chance puisque cela nous permis de récupérer la première navette qui arrivait à 9h45. Ce brusque retour à la civilisation nous fit l’effet d’une sensation bizarre et le trajet en bus jusqu’à Saltoluokta nous plongea dans une espèce de léthargie. La navette zigzagua pendant une longue heure sur une route sinueuse entre les arbre et nous déposa après une trentaine de kilomètres tout près d’un immense lac, duquel on pouvait apercevoir en face un drapeau blanc flotter au vent et deviner que le refuge se situait à cet endroit. En effet chaque cabine que l’on a croisé tout le long de la randonnée arbore le même drapeau blanc empreint des initiales bleues STF ( Svenska Turistföreningen )
Nous avons du ensuite traverser cette étendue d’eau à bord d’un bateau à moteur qui pour la somme de 100Sek nous a fait arriver à bon port en l’espace de 5mn
Le refuge de Saltoluokta est un vrai havre de sérénité. Situé le long de cet immense lac qui fait penser d’ailleurs plus à un bras de mer, on se croirait arrivé sur une véritable petite île. L’escale à Saltoluokta nous fit grandement du bien, nous avons pu récupérer de nos efforts et profiter des services qu’offrait le refuge comme des douches chaudes, un sauna et également le petit déjeuner et son buffet à volonté le lendemain matin. Nous avons pris une nuit en dortoir ce qui nous permit également de récupérer les plusieurs heures de sommeil qui nous manquaient.

7/ 6ème étape : Saltoluokta – Sitojaure (20km)

Après une bonne nuit de sommeil passée au chaud dans un des dortoirs du refuge, nous nous sommes levés vers 7h30 pour prendre le petit déjeuner que nous avions réservé la veille. Ce dernier était composé d’un buffet à volonté avec à notre disposition du pain, fromage, bacon, des fruits, des céréales et diverses confitures. Il s’avérait vraiment de bonne augure puisque nous avions un gros creux depuis quelques jours. Après s’être fait bonne chère en engloutissant 2 ou 3 tournées de tous ces mets, nous nous sommes préparés tranquillement et avons encore profité de cette matinée ensoleillée pour nous reposer. Nous sommes repartis vers 14h en direction de Sitojaure qui se situait à une vingtaine de kilomètres plus loin. Dès le début, le chemin s’avérait assez escarpé pendant quelques kilomètres jusqu’à ce que nous arrivions sur un plateau d’où on pouvait scruter derrière nous ce long bras d’eau que nous avions franchi hier. Le chemin s’avérait plutôt tranquille, nous avons pas croisé tellement de randonneurs mis à part quelques tentes installées aux abords du sentier. A nouveau nous avons croisé beaucoup de rennes, certains beaucoup moins farouches que l’on pouvait approcher à quelques mètres pour les photographier sans qu’ils s’enfuient. Le décor changea également autour de nous, le plateau sur lequel nous avancions s’abaissa jusqu’à ce que nous retrouvions dans une forêt de bouleaux, paysage similaire à ce que nous avons vu en tout début de cette randonnée. Le soleil descendait petit à petit pour se camoufler derrière les montagnes jusqu’à ce que ses derniers rayons viennent percuter le mont qui se situait à notre droite, nous révélant à nouveau ce splendide clair-obscur que nous avions pu observer les jours précédents et auquel nous commencions presque à nous y habituer.
Nous sommes arrivés à Sitojaure en fin de soirée, et comme ce fut casiment le cas à chaque fois il était bordé par une étendue d’eau dont on ne voyait pas le bout. Nous avions prévu de traverser le lendemain environ 4km de ce lac à la rame et nous sommes allés questionner la gérante du refuge pour nous indiquer la direction à prendre. Elle pointa du doigt quelques bouées au loin en nous mettant en garde sur la durée de traversée, prétextant qu’un couple la veille l’avait fait en 7h pour effectuer 12km.  En effet, si seulement une barque était présente sur notre berge il fallait effectuer trois allers au lieu d’un seul puisque l’on n’a pas le droit de laisser un côté du lac sans barque. Il faut donc se rendre sur la rive d’en face, attacher une barque à la notre puis revenir, laisser la barque et ensuite repartir à nouveau. Les 4km initiaux se transforment donc en 12km au total. Mais bon ! Nous avions notre temps et pas beaucoup de marche ensuite, puis on pouvait espérer qu’avant le lendemain matin une deuxième barque soit de notre côté. Nous avions établi notre campement au bord du lac sur un petit terrain herbeux avec en son centre un feu de camp consumé qui datait des jours précédents. La sérénité de l’endroit laissait envisager une nuit agréable.

8/ 6ème étape : Sitojaure – Aktse (12km + 9km)

Après une nuit de sommeil plus que correcte et des températures plus clémentes qu’à l’ordinaire, nous sommes allé prendre notre petit déjeuner dans le refuge. Nous avons avalé une portion de flocons d’avoine et une boisson chaude puis nous nous sommes rendus sur le ponton et malheureusement pendant la nuit la barque ne s’était pas dédoublée ! Il était près de 9h lorsque nous avons embarqué à bord de la barcasse en prenant soin de mettre nos papiers et appareil photo dans la soute à l’arrière. En observant les pagaies nous avons éclaté de rire puisqu’elles s’apparentaient à deux gros bouts de bois dont les pales étaient fortement émaciés. Raphäel à commencé à pagayer en premier puis moi de mon côté je faisais le gouvernail en essayant d’orienter la barque tant bien que mal vers la bonne direction, en fait je visais les bouées que l’on nous avait indiqué la veille. Nous nous sommes ensuite relayés à mi parcours et avons atteint la berge en face en près d’une heure sans rencontrer de réelle difficulté. Nous avons ensuite attaché un second bateau à l’extrémité arrière du notre et sommes repartis en sens inverse. Le deuxième trajet s’avérait déjà plus compliqué, nous n’avions pas bien enregistré le trajet aller et le lac était entrecoupé à plusieurs endroits par les terres ce qui offrait plusieurs chemins différents dont certains menaient dans des culs de sac. Nous nous sommes trompés une fois de direction puis ensuite près de la rive nous avons fait face à quelques bas fonds sur lesquels on devait être vigilant pour ne pas abimer l’embarcation. Le deuxième trajet s’écoula en un peu plus d’une 1h30 et donc nous étions revenus à  notre point de départ ! Nous y avons détaché le second bateau et nous apprêtions à larguer de nouveau les amarres lorsqu’une randonneuse arriva à ce moment là et se joigna à notre équipage. Nous avons donc effectué le troisième aller tous les trois en se relayant mutuellement. Après un peu plus de 4h de rame et pas mal de tension dans les bras, nous étions enfin arrivés sur la rive tant espérée. Quelques dizaines de minutes plus tard, ressentant un petit creux dû à toutes ces émotions nous nous sommes arrêtés près d’une rivière pour y manger un de nos derniers plats lyophilisés et un bon thé.
Nous avons ensuite repris tranquillement la route mais nous avons du faire face à une abrupte montée de quelques centaines de mètres pour nous amener jusqu’à un plateau ou on pouvait apercevoir la montagne de Skierfe au loin, une des plus connues du parc et reconnaissable parmi milles de par sa forme casiment perpendiculaire, comme si elle avait été tranchée au couteau. Du haut de Skierfe on peut disposer d’un point de vue spectaculaire lorsque le beau temps se prête au jeu.
Mais même lorsque nous étions déjà arrivés au sommet de la cote que nous avions franchi, la vue qui s’offrait à nous était loin d’être désagréable. Nous pouvions distinguer alors le lac que nous avions traversé à la rame quelques heures plus tôt et admirer toute sa densité. Derrière cette fresque bleutée s’érigeaient différentes montagnes que nous avions dépassé quelques jours plus tôt également. Nous nous sommes accordés une sieste d’une vingtaine de minutes devant cet écran géant puis nous sommes repartis vers Aktse. La route descendait fortement dans un sous bois et la perte d’altitude changea drastiquement la végétation autour de nous. Les plateaux et plaines arides que nous avions l’habitude de croiser laissèrent place à une forêt dense à nouveau peuplée de champignons et d’autres végétaux. La petite cabane d’Aktse se dessina en aval d’une prairie au loin et le coin était vraiment fort sympathique. Nous avons planté nos tentes près d’une forêt et en avons profité pour effectuer notre dernier ravitaillement.
Le soir nous avons mangé au sein du refuge et lorsque nous y sommes sortis un superbe spectacle s’était dessiné devant nos yeux. Durant ce voyage nous n’avons pas vu d’aurore boréale mais la teinte du ciel s’y rapprochait quelque peu ce jour-là et venait nous offrir un petit cadeau de départ. Il avait pris un aspect violet pastel et nous le regardions comme si nous étions dotés de lunettes avec un filtre spécial. Les montagnes, les arbres, tout paraissait marqué de cette couleur ce qui rendit la scène incroyable. J’en profita pour prendre plusieurs clichés et sur ces belles notes de fin je rejoignais ma tente pour y passer la dernière nuit sur cette superbe randonnée.

8/ 7ème étape : Aktse – Kvikkjokk (39km)

Nous avions eu écho lors de la traversée en train de la présence de nombreux petits rongeurs s’apparentant à de gros hamsters que l’on appelle « lemmings » sur l’ensemble de la randonnée. Nous n’avions jamais croisé jusqu’à présent mais cette nuit j’ai cru entendre un bon nombre de ces petites bêtes traverser le long de ma tente. Les lemmings sont inoffensifs mais sont réputés pour rentrer dans les tentes afin de récupérer le moindre garde manger apparent, il faut donc bien veiller à chaque fois de mettre à l’abri dans le sac toute nourriture qui serait susceptible de les rameuter.
La première partie de nuit fut plutôt bonne, jusqu’à 3h du matin où il a commencé à pleuvoir de grosses gouttes. Puis ce fut rapidement le déluge et je commençais à m’inquiéter si ma tente allait tenir bon en ayant toujours en tête le spectre du premier jour avec l’étendue d’eau formée à mes pieds. Heureusement au fil des jours j’avais tendu du mieux que je pouvais le double toit et l’intérieur resta sec. La pluie ne s’arretait pas et le lendemain matin vers 7h nous étions obligé de plier bagage sous la tempête. Nous nous sommes abrités dans le refuge le temps de prendre un petit déjeuner et de faire sécher un peu près du poêle nos affaires puis nous nous sommes ensuite dirigés vers 9h aux alentours d’un lac situé quelques centaines de mètre plus loin. Ici nous devions le traverser soit à la barque ou bien à bord d’une embarcation payante. Le mauvais temps et le froid glacial ne nous fit pas hésiter une seconde et nous avons patiemment attendu l’arrivée du pilote. Celui-ci arriva quelques minutes plus tard vêtu d’un simple short et un mince kway alors que nous avec nos trois ou quatre couches de vêtement nous étions encore gelés ! Il nous informa de quelques consignes de sécurité avant de monter en nous donnant à chacun un gilet de sauvetage plus symbolique qu’autre chose puisque la température du lac devait être excessivement fraiche. La traversée dura une dizaine de minutes, la forte houle faisait violemment tanguer le bateau ce qui nous faisait penser à croire que l’on naviguait en pleine mer plutôt que sur un lac. Le visage plissé et tendu et du pilote qui essayait tant bien que mal de voir à travers toute cette pluie et ce foutu brouillard nous rassurait guère et nous avions tous la même envie : arriver sur la berge d’en face le plus rapidement possible !
Une fois arrivés de l’autre côté, nous étions encore gelés et pas tout à fait remis de notre traversée que nous en avons presque oublié de payer le batelier.
En marchant ensuite quelques minutes, nous nous sommes abrités dans une cabane de survie en espérant que la pluie puisse diminuer un peu et nous en avons profité pour mettre quelques couches impérméables en plus. Les cabanes de survie sont équipées de manière très primaire, généralement un banc ou une table en bois avec quelques fois un poêle à proximité pour y faire du feu. Elles servent surtout lorsque le Kungsleden est emprunté en hiver, avec des température aux alentours de -20 -30°, ses fondations en bois offrent un isolement au froid extrêmement efficace.
Environ 24km nous séparait du premier refuge Parte et nous savions qu’aujourd’hui nous attendait une grande étape donc nous nous sommes remis en route rapidement. Le début de cette dernière journée de marche dans le Sarek était agréable, autour de nous de nombreux arbres nous entouraient et les champignons faisaient de nouveau leur apparition avec cette dernière nuit pluvieuse. La taïga scandinave nous dévoilait une nouvelle fois tout un panel de sa biodiversité et nous avons croisé à nouveau quelques troupeaux de rennes bien qu’ils se faisaient plus rares qu’auparavant. Après plusieurs kilomètres nous avons quitté cette lisière de conifères pour entamer une nouvelle ascension et s’infiltrer entre quelques montagnes. Nous sommes rapidement arrivé sur un plateau duquel nous avions une nouvelle fois une superbe vue et pouvions admirer de nombreux lacs dispersés entre les terres. Nous continuions d’avancer le long des parois rocheuses c’est avec un étonnement certains que nous constations le changement de végétation. Par moments nous foulions un sol rocailleux et quelques minutes après ce dernier était recouvert d’herbe et de mousse. Après nous êtres faufilés entre plusieurs arbres, nous sommes arrivés sur un grand terrain découvert sur lequel il était entrecoupé par une rivière. Nous en avons profité pour prendre une courte pause, piocher quelques barres céréales dans notre sac puis remplir à nouveau une dernière fois notre poche à eau avant de continuer. Le chemin se mit à descendre à pic à travers les conifères et les gros cailloux trempés par la pluie dispersés au beau milieu de celui-ci rendaient le parcours dangereux. Gagné par la fatigue je commençais petit à petit à manquer de  vigilance et par plusieurs fois j’ai chuté sans me faire vraiment mal heureusement, le sac servant souvent de bon amorti dans ces moments là.
Nous avons également observé que sur cette partie de la randonnée, il y avait beaucoup moins de planches en bois pour passer les endroits difficiles qu’au tout début, et celles qui restaient étaient dans un très mauvais état. Le climat devait sévèrement les détériorer dans la zone ou nous étions.
C’est en franchissant une dernière latte de bois à moitié noyée par un mètre d’eau que nous arrivions au refuge de Parte. Nous sommes restés peu de temps dans ce dernier mais avons beaucoup apprécié la limonade généreusement offerte par les propriétaires du gite. Nous sommes ensuite repartis vers 15h30 en s’accordant une heure de pause pour nous reposer et déjeuner afin de nous rendre à notre lieu d’arrivée : Kvikkjokk. Les 16km qui nous séparaient de ce hameau ont été vite engrangé et après avoir quelques dernières vue sur une nouvelle fois de plus un imposant lac et franchi quelques pancartes sur lesquelles étaient mentionnées que nous quittions le Sarek, nous avons débarqué à Kvikkjokk vers 20h, complètement lessivés.
Apres quelques photos prises dans l’instant pour glorifier notre arrivée, nous étions au chaud en train de boire une bonne bière suédoise bien méritée dans le refuge de Kvikkjokk qui ressemblait plus à un petit hôtel. Nous y avons passé la nuit et pris le petit déjeuner le lendemain avant de prendre la navette à 14h. Kvikkjokk est vraiment un charmant petit lieu-dit mais complètement perdu. Il y a qu’une route avec une seule navette qui passe chaque jour à la meme heure, il ne faut donc pas la louper. De plus il nous fallait payer le conducteur du car qui ne prenait que les espèces car le réseau de la carte bancaire ne passait pas, heureusement il nous restait pile le compte pour Raphaël et moi et c’est ainsi que nous sommes partis vers Jokkmok !

Ca y’est, sous avions achevé ce bout de parcours, un peu plus d’un 1/3 du Kungsleden en un peu plus de 7 jours et je dois dire que je m’en suis pris plein la vue. L’immensité de la taïga et surtout le silence qui se dégage de cette végétation en font vraiment un endroit magnifique, un coin de quiétude quant on sait que quotidiennement on est toujours mêlé à un bruit quelconque et que le silence total est purement fictif. Une coupure certaine dans notre société ou tout abonde et l’oisiveté fait défaut. Après tout, la randonnée c’est aussi fait pour retrouver ces valeurs que l’on tend à perdre autrement.

Carnet de notes d’un itinérant sur le GR20

C’est, on peut le dire ainsi, sur un coup de tête que débuta l’entreprise d’effectuer le célèbre sentier de grande randonnée situé en Corse plus connu sous le nom de GR2O.
Raphaël, qui travaille dans la même société que moi en tant que graphiste, avait déjà l’idée en tête depuis plusieurs mois.
Lorsqu’un soir de juillet après une journée de travail bien remplie, j’entrais dans l’open space du design, Raphaël me fit l’annonce qu’il s’en allait faire le GR20 cet été au mois d’aout. Nous étions mi juillet.
A ce moment j’avais également en projet de mon côté d’effectuer une randonnée, mais pas ce GR en particulier, qui me paraissait un peu trop long.
Lorsque il me mit au courant de son projet et que je me fut rassis à mon bureau, il n’a pas fallu longtemps à mon esprit pour que l’idée de partir également l’envahisse. C’est ainsi que débuta l’épopée.
Je ne vais pas vous mentir, avant de détailler dans ce journal les différentes étapes parcourues le long de ce GR, que je ne m’attendais pas à telle dangerosité et difficulté dans la partie Nord de celui-ci.
Doté d’un sac de 20kg, il s’avère que certaines parties sont très exigeantes et demandent une extrême vigilance. Nous n’étions pas partis la fleur au fusil. Avant ce voyage nous avons écumé les forums afin de préparer au mieux notre sac à dos, quoi mettre dans ce sac et pourquoi. Nous sommes sportifs également, avec une bonne condition physique. Mais cela n’influe en aucune manière sur la difficulté de cette randonnée, (que l’on pourrait qualifier de trek sur la partie Nord) qui n’est pas à prendre à la légère.

1er jour. Arrivée Calenzana. Veille départ.

Nous avons atterri à Calvi à 16h50. Nous avons rejoins le camping de Calenzana à 20H. Pourquoi autant de temps ? Cette veille de départ était en fait une première étape avant l’heure, puisque mes bagages ont été mis dans l’avion du vol suivant. Nous avons du patienter malgré nous, 3h dans cet aéroport, sans pouvoir au final soutirer quelconque dédommagement financier pour cette bévue de la part d’Air France. Passons, n’allons pas gâcher ces vacances.
La première nuit dans ce camping fut exécrable au possible. Le trio infernal des fourmis, de la chaleur et du bruit de toute une panoplie d’engins motorisés ont suffi à ce que je ne ferme pas l’oeil de la nuit. Ajoutons à cela l’excitation du départ de la randonnée qui poussera à nous lever à 5H00, et ainsi commencer à fouler les 180 kilomètres nous séparant de Conca.

2ème jour. 1ère étape. Calenzana – Ortu di u Piobbu

J’ai été intrigué par la capacité de cette randonnée à nous plonger directement dans le vif du sujet. Dès la première étape, nous avons englouti 1360m de dénivelé positif, sans répit. Des montées à perte de vue avec des panoramas extraordinaires sur des montagnes, à perte de vue également. Le problème qui se posa directement à nous fut la lourdeur de la chaleur ainsi que de notre sac à dos. Durant cette première étape, nous avions initialement prévu de manger un plat lyophilisé le midi, mais nous avons vite changé de programme lorsque à mi chemin il nous restait quasiment qu’un litre d’eau sur les trois dans notre camel bag. Tant pis pour les plats, on se contentera de barres céréales.
La fin de cette étape fut marquée par plusieurs passages d’escalade sur quelques centaines de mètres pour rejoindre le col de Bocca a u Bazzichellu. C’est à ce moment que nous avons rencontré Sébastien, randonneur bordelais parti effectuer également le GR dans sa totalité, avec qui nous avons bien sympathisé et marché durant toute la partie Nord.
Arrivé au refuge, et après avoir pris une première douche froide, je décidai d’apaiser ma faim en y prenant le menu du soir (soupe, lentilles et cake maison). La nuit fut plutôt bonne, malgré la présence de quelques chevaux sauvages qui avaient décidé de venir brouter l’herbe dispersée autour de nos tentes.


Calenzana

3ème jour. 2ème étape. Ortu di u Piobbu – Carrozzu.

C’est grâce à ces légers rayons de soleil qui nous mettent du baume au coeur que nous entamons ce deuxième jour de marche. Les courbatures s’installent, le corps s’adapte. Les ampoules sont prévenues.
Ce baume ne sera que de courte durée, puisque la brume et la pluie éclipseront le peu de beau temps qui nous est offert. Cette étape sera très dure moralement, étant donné que nous avons du effectuer les 780 mètres de dénivelé nous séparant du refuge de Carrozzu sous un temps brumeux et pluvieux. J’ai été assez déçu, il parait que c’était unes des plus belles étapes, parcourue par de longues crêtes qui nous permettaient d’assister à un panorama ou l’on pouvait voir la Corse dans sa totalité, bordée par la mer à ses extremités, surplombée par des montagnes en son intimité. La seule éclaircie autorisée nous a permis de prendre quelques rares clichés du col de la Bocca di Pisciaghja (1950 mètres d’altitude)
Arrivé au refuge de Carrozzu à une heure assez tardive (17h30) l’ensemble des places de bivouac étaient toutes convoitées. Je n’ai pas eu d’autre choix que de planter ma tente sur une pente inclinée contre un sapin. Une fois mon abri installé, je contemplai l’emplacement ou j’allais passer ma prochaine nuit et je ne pus m’ôter l’idée que cette dernière allait être une nouvelle fois de plus désagréable.
Le refuge de Carrozzu m’avait également marqué par ses douches froides et son absence d’éléctricité même au sein de la salle commune ou l’on pouvait préparer notre dîner.




4ème jour. 3ème étape. Carrozu – Asco.

C’est de bonne heure que nous débutâmes cette 3ème étape. En effet, l’inconfort de mon bivouac m’extirpai d’un sommeil trop peu profond vers 3h45. Chose étrange qui se passa alors, je sortis rapidement de ma tente car une envie pressante d’assouvir un besoin naturel s’emparai de moi. Ce fut alors comme si j’avais donné le signal d’alarme. Au moment de rentrer à nouveau dans ma tente, le bruit de la fermeture éclair alerta l’ensemble des autres campeurs autour de moi. J’entendis alors des voix, puis rapidement des bruits de tente qui se plient, des gens qui discutent dans la nuit, dizaines de petits faisceaux lumineux qui s’entrechoquent dans cette obscurité. Je consultai ma montre, il était 4h15.
C’est à ce moment que je compris que le GR20, du moins dans la partie nord, s’affairait à une sorte de compétition, de challenge sportif. Plus tôt les gens partaient, plus tôt ils arrivaient au prochain refuge, ou à celui d’après s’ils devaient doubler les étapes. Et plus tôt ils auraient les meilleures places de bivouac. C’est dans ce genre de situation que l’on assimile mieux la citation « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt »
Nous partîmes donc de bonne heure mais tout de même parmi les derniers (7h30). Cette étape fut marquée dès son commencement par la traversée d’un magnifique pont de singe. Nous décidames de s’arrêter plusieurs minutes pour y prendre quelques photos avant de continuer notre avancée. Le temps fut plus clément avec nous durant cette étape, qui fut à nouveau marquée par d’abruptes montées de plusieurs heures, à travers de grosses roches.
Le refuge d’Asco fut visible arrivée au col.
Asco est une ancienne station de ski, c’est donc un refuge plutôt agréable équipé de douches chaude et d’un restaurant. Nous ne nous sommes pas privés de ces deux services. Le restaurant était de bonne augure avant la difficile étape qui nous attendait le lendemain.

 



5ème jour. Asco – Tighjetthu.

J’attendais cette étape avec une réelle excitation mêlée d’appréhension. En effet nous avions rendez-vous avec le célèbre passage du cirque de la solitude, qui était malheureusement fermé au public après le tragique accident qui avait eu lieu en juin dernier. Pour rejoindre Tighjetthu il y avait deux possibilités. La première était de prendre une navette qui nous amenait directement près du refuge pour la modique somme de … 35 euros. La seconde possibilité était d’emprunter la variante du cirque de la solitude qui était réputée moins technique mais plus longue et aussi difficile… Nous avions quelques échos que l’étape durait entre 8h et 10h. Quelle importance, nous étions venus pour faire le GR en entier, sans faux pas ni bévue. Nous décidions donc d’emprunter cet itinéraire alternatif.
Il fut en effet difficile. Le beau temps était au rendez-vous, la chaleur aussi. Les paysages furent magnifiques.
La première partie était technique, agrémentée de passages équipés par des câbles et des cordes métalliques. Nous nous frayâmes tant bien que mal le long des parois montagneuses, tels des mouflons. Je souligne la comparaison avec le mouflon qui peut prêter à sourire, car ces passages étaient dignes d’un trek, j’avais réellement l’impression de monter dans les flancs des montagnes et de gravir leurs cols inaccessibles. Il n’y avait plus de sentier ni de chemin, juste des rochers à perte de vue à escalader, peignés de temps à autre par deux traits rouges et blancs horizontaux, qui nous indiquaient la marche à suivre. Impressionnant, périlleux et béant d’admiration devant ce spectacle magistral qui s’offrait à nous.
La deuxième partie était moins technique mais tout en montée également. Elle était cependant moins spectaculaire, nous devions commencer à nous diriger vers le fameux Monte Cintu, et cela commença par une rivière de cailloux. C’était très pénible à franchir car nous avions l’impression de marcher dans du sable, donc à chaque pas, de reculer puis d’avancer. Cette montée dura deux bonnes heures. La pause déjeuner qui nous sépara du reste du col fut très précaire. Morceau de Babybel gracieusement offert par Sébastien accompagné de sa tartine de lait concentré. Une nouvelle fois, pas de plat lyophilisé durant cette étape trop longue, l’eau était trop précieuse pour l’employer à la composition de nos plats. Décidément, je maudissais de plus en plus tous ces sachets lyophilisés. J’avais faim, et impossible d’utiliser un seul de ces trente plats qui remplissaient mon sac !
L’ascension du Monte Cintu se poursuivit, et la fin du col fut rapidement atteinte après un passage plus technique à travers une escalade à travers de gros rochers. Nous étions enfin arrivés sur la crête du Monte Cintu à plus de 2600m d’altitude, le point culminant de la Corse ! Quelle vue se dévoilait à nous, et pour la première fois depuis quatre jours nous avions du réseau au sommet.
Le reste de l’étape fut une descente jusqu’au refuge, et après 10h de marche nous pûmes poser notre tente au creux des montagnes. Le paysage était sublime. Avec Sébastien, nous aperçûmes même deux mouflons à flanc de montagne lorsque nous fîmes cuire nos pâtes. La nuit fut ventée, mais la fatigue eut raison de moi et mon corps se mit en veille quasiment instantanément au moment où je m’allongeai dans ma tente.



6ème jour. Tighjetthu – Ciottulu di i Mori

Nous avions prévu de doubler cette étape, pour la simple raison que la première durait 4h, ce qui nous faisait arriver au refuge très tôt (11H30). La seconde par contre durait 8h et s’étendait sur 23km. Il fallait donc partir tôt, ce que nous fîmes. A 7H30 nous étions engagés sur la première étape, que nous avons englouti en l’espace de 4H. On y a malgré tout laissé quelques plumes notamment sur l’ascension du col de Bocca di Fuciale qui s’avérait plus difficile que prévu.
Arrivés au refuge de Ciottulu di i Mori nous prîmes une bonne pause déjeuner (je tentai le sandwich au jambon corse à sept euros, qui me fit grandement du bien) et la fameuse canette de coca, notre petit rituel marquant chaque fin d’étape.
Lorsque nous repartîmes ensuite, je fus pris de quelques aigreurs d’estomac qui m’empêchaient de marcher convenablement. Ce fut la première fois durant la randonnée que je peinais et dut prendre une bonne pause. Je détachai de ma trousse à pharmacie un Ibuprofene, l’avalai instantanément puis attendit quelques minutes que le comprimé fasse son effet. Nous pûmes repartir ensuite à meilleure allure.
Après 7h de marche, nous arrivâmes au refuge de Castel de Vergio qui était à mi chemin de la seconde étape. C’était un beau refuge, une sorte de camping aménagé équipé d’une épicerie, de douches chaudes et d’un beau terrain de bivouac. Nous étions cependant déterminés à continuer notre quête du doublage d’étape, et nous questionnâmes le barman sur le trajet qu’il nous restait à faire. Il nous indiqua que le refuge était derrière une montagne qu’il pointa du doigt. Nous nous retournâmes et nous vîmes alors que c’était loin, très loin. Je consulta l’heure. 17h30, arrivée prévue donc vers 22h à la frontale… Dans un éclair de lucidité nous nous concertâmes avec Raphaël et Sébastien et je leur demandai s’il n’était pas plus judicieux de terminer cette étape le lendemain et de profiter de cet endroit chaleureux. Après un bref regard qui en disait long, c’est ainsi que s’achevai notre sixième journée de randonnée.



7ème jour. Ciottulu di i Mori – Manganu

Nous déclarâmes cette étape journée de repos. Par une grasse matinée (lever 8h !) nous commencions notre marche tranquillement qui devait durer au plus cinq heures. Nous eûmes un temps assez couvert avec quelques éclaircies de temps à autre. La pause midi fut déclarée une fois arrivé au lac de Ninu. C’est en mangeant cette fois ci nos plats lyophilisés que des chevaux sauvages, sûrement attirés par l’odeur du met, se mêlèrent en notre compagnie.
Après une heure et demie de pause, nous fumes repartis et nous arrivâmes sans problème au refuge de Manganu. Une fois de plus dans ce refuge, l’eau chaude était aux abonnés absents, et l’interdiction de cuisiner au sein du refuge, espace réservé aux personnes logeant dans ce dernier, m’avait particulièrement marqué. Cependant, éreinté par la fatigue et affamé, Nous décidâmes de transcender cette « loi » et de faire cuisiner discrètement nos pâtes dans le refuge, à l’abri du regard venimeux du gérant des lieux.



8ème jour. Manganu – Onda.

Cette fois ci c’était décidé, nous doublions cette étape. Apres une bonne journée de récupération nous étions prêts pour relever ce défi. Le lever fut une fois de plus aux aurores à 5h, et le départ fut lui donné à 7h. La première étape, qui était la plus longue et comptait 6h30 de marche (830 mètres de dénivelé positif) offrait un panorama magnifique. En effet, après avoir gravit la brèche de Capitellu qui culmine à 2225 mètres d’altitude, la nature nous offrait un spectacle de toute beauté. Une vue sur les lacs de Mellu et de Capitellu, ancrés dans les profondeurs des roches, telles deux énormes flaques d’eau couleur turquoise. Le soleil ajoutait à cette note un panel de couleurs qui nous suffit à oublier toute la peine que nous avions eu à atteindre ce panorama. Après quelques clichés nous repartîmes en direction du premier refuge de Petra Piana.
L’arrivée à ce dernier fut marquée par une pluie et des orages qui menaçaient sérieusement notre avancée pour la seconde partie de notre marche. Nous envisageâmes dans un premier temps de nous alimenter au chaud en prenant une assiette de charcuterie à 10 euros, composée de jambon corse, de tome corse et de saucisson … corse également. Repas délicieux, et nous primes quelques dizaines de minutes supplémentaires pour reposer nos articulations durement sollicités durant l’étape précédente.
C’est sous une pluie torrentielle balayée par un vent impétueux et quelques violents coups de tonnerre que nous décidâmes de repartir, sous l’oeil médusé de quelques randonneurs restés bien au chaud dans le refuge. Décidément, le temps ne voulait pas que l’on double d’étape aujourd’hui. Mais nous en avions décidé autrement. Deux choix s’offraient à nous pour la seconde partie de journée. Soit passer par les crêtes, qui diminuaient le temps de trajet de presque 2h, soit passer par la vallée, plus long mais plus sécurisé. Avec les orages qui sévissaient, il était hors de question de s’engager sur les crêtes, à part faire office de paratonnerre avec nos batons, je ne voyais nul intérêt, malgré les recommandations du gérant du refuge, qui nous disait d’attendre l’éclaircie pour passer par les sommets. Et bien l’éclaircie elle attendra, nous avions décidé de passer par la vallée, et ce fut le bon choix.
Certes le passage pour se rendre au refuge n’était pas le plus beau que nous avions vu jusqu’à présent, et l’arrivée au refuge fut une nouvelle fois marquée par la pluie et l’atmosphère presque glaciale … (12° pour un mois d’aout en Corse … )
C’est sous ces conditions que je plantai ma tente, et après avoir avalé ma ration de spaghetti, sans même prendre le temps de me doucher, je me calfeutrais dans mon duvet en priant que je ne tombe pas malade cette nuit.



9ème jour. Onda – Vizzavonne.

C’est après une courte nuit de sommeil, entremêlée de rafales de vents et de froid, que nous repartîmes de bonne heure pour se rendre jusqu’à la dernière étape du Nord, à mi distance de la totalité du GR, la ville de Vizzavonne.
C’est avec un intérêt particulier que je commençai à voir comment mon corps s’habituait petit à petit aux séries de marches que je lui infligeais. J’avais l’impression que ce dernier s’apparentait à une machine, une locomotive que je devais gérer. Si je ressentais la faim, je devais m’arrêter et prendre une barre céréale. 10mn avant que cela ne fasse effet et que mon corps puisse consommer ces ressources supplémentaires. Si j’avais soif, je devais m’arrêter et boire. Je sentais alors les bienfaits de l’eau circulant dans mon corps et la marche pouvait continuer. Egalement, si la fatigue s’installait en moi, alors je devais m’arrêter, prendre une pause et regarder le paysage. Alors le vide s’installe dans la tête et c’est avec un esprit clairvoyant que je pouvais repartir. J’avais l’impression que toutes les sensations primaires étaient décuplées, et que lorsque ces besoins de base n’étaient pas suffisamment apaisés, la marche devenait plus difficile. L’esprit de marche s’apparente à une philosophie de base, ou lorsque l’on met un pied l’un devant l’autre on ne pense plus aux tracas quotidiens, on pense certes à certaines choses, à des projets à court ou long terme, mais l’esprit est en quelque sorte déconnecté de sa routine quotidienne, uniquement rattaché aux besoins naturels qui lui permettent de fonctionner. Cela fait un bien fou quand on y pense.
Rien de transcendant durant cette étape, mis à part vers la fin, lorsque le sentier était entrecoupé par de nombreuses cascades, attirant par la meme occasion une foule d’autochtones qui avait l’habitude de passer quelques bons moments en ces lieux paisibles. Nous prîmes un déjeuner mérité dans un snack à quelques pas de Vizzavonne, à coté de la cascade des Anglais. Après avoir englouti un sandwich de charcuterie ainsi qu’une barquette de frites, nous atteignâmes quelques centaines de mètres plus bas la ville tant attendue. Notre déception fut à la hauteur de nos attentes puisque en arrivant à cette dernière, la « ville » se résumait à un refuge, deux restaurants et une épicerie, c’est tout.
Cette étape marquait la fin de la partie nord du GR, la moitié de notre voyage et la fin de l’aventure avec Sébastien, qui continuait à doubler les autres étapes dès le lendemain. C’est avec un bon restaurant corse que nous nous quittâmes, après avoir échangé nos coordonnées et souhaité bon courage pour ces derniers jours de marche.
L’aventure continua, la partie Sud commença.

10ème jour. Vizzavone – E Capannelle.

Lorsque nous entamâmes cette dixième journée, je n’avais pas en tête la difficulté de la partie Sud du GR. Ce n’est qu’en atteignant le col Bocca Palmente que je me rendis compte finalement des faits. Nous gagnâmes près d’une heure sur l’ascension du col, et cela sans réelle difficulté. Après avoir pris notre temps pour déjeuner et admirer le panorama, nous arrivâmes au refuge vers 14h30, ce qui nous fit gagner près d’une heure trente sur l’ensemble de l’étape.
Trajet facile ! Le sud est ainsi changeant à ce point ? Les cols se sont dérobés pour laisser place à des vallées verdoyantes. La faune et la flore ont également changé. Une fois arrivé au refuge plusieurs questions viennent se trotter à notre esprit. Doit t’on doubler l’étape et ainsi rejoindre (alors qu’au départ ce n’était pas voulu) Sébastien ? Doit t’on prendre notre temps et profiter de la partie Sud, un peu plus que le Nord ?
Le refuge était plutôt agréable, doté d’un restaurant et de douches chaudes. Nous décidâmes de rester nous reposer, autour d’une bonne bière et d’un plat au restaurant le soir.



11ème jour. E Capanalle – Usiciolu.

Avec la journée de marche d’hier, nous étions fermement résolus à penser que la partie Sud était beaucoup plus simple que nous l’avions pensé. Pour nous, une autre randonnée commençait, ironiquement, sur un petit chemin pédestre accessible à tous. Nous avions avec Raphaël communément décidé de doubler l’étape d’aujourd’hui, qui durait respectivement 6h10 et 5h45.
La première étape commençait par un sentier relativement plat dans les bois, comme nous avions l’habitude d’en voir après Vizzavonne, puis la difficulté s’intensifia vers la fin pendant environ 1h30 de rude montée. Le refuge de Prati était ensuite tout près, et une fois arrivé à celui-ci, nous prîmes le temps de déjeuner. Notre repas était constitué d’un saucisson acheté la veille à E Capannelle, de pain de mie, d’une boite de pâté et de compote de pomme. Nous consacrâmes ensuite un peu de temps pour panser nos prémices d’ampoules puis nous repartîmes vers 14H.
La seconde étape était nettement moins agréable, de par le temps ou la pluie et les nuage pointèrent le bout de leur nez, puis la fatigue qui s’installai peu à peu en nous. Sur le topo était inscrit un dénivelé positif de 640 mètres, mais nous eûmes l’impression d’en gravir deux fois plus. Après une interminable montée dans une forêt mystique (nous la nommions ainsi car tout bruit semblait étouffé dans cette dernière, et ce silence angoissant était par moments déchiré par quelques croassements de corbeaux, voltigeant au dessus de nos têtes. Avec un peu d’imagination cela nous faisait penser a une prédiction à quelque destin funeste.) Une fois sortis de cette lisière de chênes rabougris, l’ascension ne s’arrêtait pas pour autant et continuait jusqu’au sommet du Punta Bianca (1950 mètres). D’ici, en compagnie des nuages cotonneux qui nous encerclaient, nous prîmes une magnifique vidéo panorama, marquant la fin de cette 12ème étape.
Nous redescendîmes ensuite au refuge d’Usciolu et nous y installâmes vers 19h. Le bivouac était en creux de montagne, nous offrant une nouvelle fois de plus une vue épatante. Le seul bémol est que le terrain pour planter les tentes se trouvait à une cinquantaine de mètres en descente abrupte par rapport au refuge. Il nous fallait remonter cette pente vers 21h armés de nos frontales pour charger notre gourde d’eau potable et faire cuire nos pâtes. Même lorsque nous étions arrivés au refuge, nous étions encore dans l’adversité.



12ème jour. Usciolu – Asinau.

Nous décidâmes une nouvelle fois de plus de doubler cette étape qui était composée de deux marches durant respectivement 4h25 et 4h15. Pour la première partie il existait un itinéraire alternatif nous permettant de marcher par les crêtes et de raccourcir l’étape d’une heure, mais elle était hors GR. Nous étions déterminés à suivre le sentier officiel et c’est ainsi que nous nous sommes aventurés dans les vallées verdoyantes de Bocca di l’Agnonu. Nous prîmes une pause près d’un torrent glacé, sous un soleil radieux. Je laissa quelques instants de répit à mes articulations en pratiquant une cryothérapie naturelle tout en écoutant le ruissellement du cours d’eau, avant de repartir en direction du refuge d’A Matalza.
Une fois arrivé à ce dernier, il m’avait frappé par son architecture récente et son hospitalité. Après une pause de trois quarts d’heure, un saucisson et une boite de pâté avalé, le chemin reprit son cours vers Asinau.
Dès le début de cette seconde partie, nous fumes d’emblée marqués par la magnificence des lieux. Un paysage paradisiaque se dressait tout autour de nous, composé d’une multitude de ruisseaux, de pâturages plus verts les uns que les autres, d’une flore à faire rendre jaloux de concurrence le plus talentueux des paysagistes et de quelques chevaux, venus se rassasier dans cette contrée sauvage.
Quelques temps après avoir quitté ces lieux, je ne fus pas en reste puisque nous vîmes au loin deux gypaètes barbus, majestueux rapaces, sillonnant les cieux. Il passèrent au dessus de ma tête, et c’est ainsi que je pus apercevoir leur plumage orangé si caractéristique et les identifier.
Durant le reste de cette étape, nous gravimes une nouvelle fois de plus un col, le dernier de cette randonnée (2025 mètres) avant de redescendre et rejoindre le refuge d’Asinau.
Durant cette soirée, je décidai de m’alimenter au refuge. Le plat était composé de charcuterie corse, de lentilles et de compote.
Admirant une dernière fois la voute céleste et ses milliers d’étoiles peuplant cette dernière, je ne pus m’empêcher avant de sombrer dans un sommeil profond cette expérience unique que nous vivions à chaque instant, spectateurs d’une nature si saisissante et acteurs d’une épopée qui était sur le point de se terminer prochainement.



13ème jour. Asinau – Conca.

Ultime jour de marche avant la fin de cette randonnée. Encore une fois nous décollâmes vers 7h pour être sur de pouvoir doubler cette étape dans les temps. La première partie durait 7h et s’avérait plutôt routinière à ses débuts, marchant sur des sentiers plats à l’ombre des pins. Nous franchîmes ensuite un col et nous arrivâmes directement aux aiguilles de Bavella. L’endroit est connu pour être très touristique, je fus d’ailleurs assez étonné car ça devait être la première fois depuis le départ du GR que nous croisions autant de gens en des lieux. Nous ne prîmes pas le temps de nous arrêter aux aiguilles et continuâmes notre lancée vers le refuge d’ I Paliri. Après une autre rude montée et une descente de la même intensité, nous arrivâmes à ce dernier vers 12h30. Après avoir cassé la croûte et racheté quelques denrées supplémentaires, à savoir deux snickers, nous reprîmes le chemin vers Conca. Malgré quelques douleurs aux articulations qui venaient nous importuner, c’est avec le coeur empli d’excitation que nous avançions vers le trajet final de notre marche. Je ne trouvais pas la denière étape sensationnelle, mais je pense que cela devait être marquée par l’apogée de notre périple, je ressassais sans cesse l’arrivée et m’imaginait le panneau final avec écrit « Fin du GR20 » s’il existait. Inconsciemment, je n’avais pas rempli à nouveau mon eau durant ce trajet et fort heureusement une source me permit de me ravitailler. Malgré les nombreuses descente et le dénivelé négatif de 1360 mètres pour arriver à la ville, il subsistait quelques montées assez raides. Il fallait être vigilant jusqu’au bout, le GR n’avait pas dit son dernier mot.
C’est vers 17H que nous débouchâmes enfin sur Conca, avec le coeur serré et la sensation étrange d’avoir fait un sacré bout de chemin. Le corps souffrait, mais le mental lui était au sommet. Comme des héros de guerre nous fûmes arrivés au gite d’arrivée du GR, et pour immortaliser ce moment magique nous avons décider de prendre une photo, comme nous l’avions fait douze jours plus tôt, à Calenzana.
Conca marque la fin d’une belle aventure, la joie et le soulagement d’y être arrivé. Le GR20, réputé comme étant la randonnée la plus difficile d’Europe, était terminé. Nous n’imaginions pas une telle difficulté au départ, surtout dans la partie Nord, et que cette difficulté puisse s’étaler sur plusieurs jours. Nous n’imaginions pas non plus comment notre corps pouvait supporter et s’adapter à cet effort de longue durée. Finalement, c’est vers la fin et la partie Sud que notre cadence de marche était la plus rapide, lorsque nous pouvions enfin gérer notre effort, et comprendre la gestion de notre corps. Cela n’a pas empêché de nous laisser quelques séquelles, notamment au niveau des doigts de pied écrasés par les interminables descentes.